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Par-delà les frontières...

B.S.

jeudi 2 juillet 2026, par Rixke

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Maintenant qu’il n’y a pratiquement plus de barrières douanières et que, partant, on quitte le sol natal sans même s’en apercevoir, maintenant que l’idée communautaire fait son chemin et que l’Europe petit à petit se découvre, ne conviendrait-il pas de faire un petit saut – rien qu’un petit – de l’autre côté de nos frontières ?

Une petite visite amicale à nos voisins les plus proches ne pourra que resserrer les liens qui nous unissent à eux.

Notre première excursion nous mènera en France où nous irons nous promener dans les rues de Lille et de Charleville-Mézières. La porte à côté, quoi ! En effet, Lille, capitale du Nord de la France, peut être atteinte aussi bien du pays flamand que de Wallonie.

Pour les frontaliers de la Flandre occidentale et du Hainaut, cette cité, grouillante de vie et en perpétuelle effervescence (un « petit Paris ») constitue un incontestable pôle d’attraction commercial.

Il serait regrettable que les autres n’aillent pas faire connaissance avec cette métropole.

Ne comptez surtout pas sur nous pour vous lancer à la tête des conseils impératifs « visitez ceci », « ne manquez pas cela ». Nous nous limiterons à quelques suggestions. D’ailleurs n’est-il pas beaucoup plus agréable de « découvrir par soi-même », qui devrait être la devise de tout touriste digne du nom ?

Bien sûr, à Lille il n’y a pas que des globe-trotters et vacanciers. Il y a quelques acheteurs et fureteurs de vitrines aussi. Et les femmes ne seront assurément pas déçues car cette cité offre à leurs appétits une variété de magasins et de négoces assez impressionnante.

Givet - Cliché BAUER

Du point de vue historique, la capitale des Flandres françaises nous propose quelques morceaux de choix. Nous signalons à l’attention des curieux le « Musée des Beaux-Arts », situé place de la République (fermé le mardi) et, dans la rue des Canonniers, le « Musée de l’Armée » qui est le plus important de France après les « Invalides » (il est ouvert les jeudi et samedi de 14 à 17 heures, du 1er avril au 19 octobre).

La ville de Lille, capitale tentaculaire d’une région industrielle, n’est pas particulièrement riche en monuments historiques ; elle peut s’enorgueillir toutefois d’une très séduisante église gothique et du bâtiment de l’Ancienne Bourse, qui a été construit au XVIIe siècle en style flamand ; l’une et l’autre méritent plus qu’un coup d’œil furtif.

Lille - La Porte de Roubaix

Lille est particulièrement intéressante pour ceux qui se passionnent pour les trains et les gares. Dès qu’on entre dans la gare, vaste et archaïque, on peut remarquer, tant de nuit que de jour, une activité incessante. Quoi d’étonnant, puisqu’elle constitue un nœud ferroviaire d’une très grande importance ? Six grandes lignes ont leur point de départ à Lille : en direction de Dunkerque et Calais ; de Courtrai et Gand ; de Tournai et Bruxelles ; de Valenciennes et Charleville-Mézières ; de Douai, Arras et Paris (gare du Nord) ; de Béthune et Lens. A quoi il faut ajouter la ligne de 21 km qui mène à la Comines française.

Sur les bords de la Meuse

Si Lille est trop éloignée de votre domicile (90 minutes en train de Bruxelles) pour une excursion d’une journée, peut-être aurez-vous intérêt à vous rabattre sur Charleville-Mézières, un des centres nerveux des Ardennes françaises.

Le déplacement dans cette ville, née de la fusion des deux communes, vaudrait la peine ne fût-ce que pour le voyage en train. De Namur jusqu’à Charleville-Mézières, le train ne cesse pratiquement pas de longer la Meuse. Et si le bonheur veut que votre point de départ se situe à Visé, Liège ou Huy, eh bien ! vous côtoierez encore plus longtemps ce fleuve romantique.

Avant de partir, vous consulterez votre indicateur, car il va sans dire qu’entre Namur et Givet (ligne 154) les trains ne circulent pas à la cadence des rapides de grandes lignes. Par contre, entre Givet et Charleville-Mézières, le rythme est plus satisfaisant.

Revin - Cliché BAUER

A la gare frontière de Givet – un petit coin ravissant – il faut changer de train et se soumettre au contrôle douanier et des passeports : une simple formalité, dans la plupart des cas...

Dès lors, s’annonce un voyage passionnant jusqu’à Charleville-Mézières, situé 60 km plus loin. En général, on circule dans un train omnibus, ce qui ne gâte rien, puisque cela donne tout le loisir de s’attarder à admirer les merveilleux paysages. Chooz est la première petite gare où s’arrêtera votre train, vraisemblablement un autorail typique de la SNCF. C’est dans ce petit village mosan qu’a été construite la première centrale atomique de l’Euratom, mais vous n’en apercevrez même pas le bout du nez. Il y a quelques gares plus importantes sur cette ligne à double voie non électrifiée : Vireux-Molhain, Fumay, Revin, Monthermé et Nouzonville. Monthermé, en particulier, jouit d’une situation unique sur un méandre « en épingle à cheveux » de la Meuse.

En franchissant de nombreux tunnels et ponts, la ligne semble chercher à serrer de plus près la vallée mosane qui, surtout en automne, prend les tons les plus chatoyants. Du train, on a une vue panoramique de toute beauté comme n’aura jamais la possibilité d’en avoir un automobiliste en ces endroits.

Après quelque 80 minutes, le convoi pénètre dans la gare – assez impressionnante – de Charleville-Mézières.

C’est le moment de faire connaissance avec cette ville, qu’on a formée en réunissant les deux localités jumelles de Charleville et de Mézières, jadis séparées.

Charleville, sur le territoire de laquelle la gare a été construite, a un passé beaucoup plus riche que Mézières. Elle a été bâtie en 1606 par Charles de Gonzague. Une des curiosités de Charleville, c’est sa place Ducale, qui vit le jour sous le règne de Louis XIII. Particulièrement séduisante, elle fait un peu penser à la place des Vosges à Paris. Si vous êtes épris de lettres, vous ne manquerez pas de rendre visite au petit musée dédié à la mémoire du poète maudit de renommée mondiale Arthur Rimbaud, qui était, comme on sait, un enfant du pays. Pour le reste, nous vous faisons confiance : Charleville-Mézières vous tend les bras.

Le « fanatique » de la chose ferroviaire ne sera pas déçu ici non plus. La ville propose un nœud important de communications puisque quatre lignes y convergent : la ligne non électrifiée vers Givet et Namur, les lignes électrifiées vers Reims et Paris, vers Valenciennes et Lille ainsi que vers Sedan et Longuyon. Ainsi, Charleville-Mézières se trouve sur l’important axe ferroviaire Calais - Dunkerque - Lille - Thionville - Metz - Strasbourg - Mulhouse - Bâle.

Bon voyage !


Source : Le Rail, mai 1973