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Charles et la petite reine

Romain Clam.

mercredi 11 mars 2026, par Rixke

À quelques encablures de la gare de Jambes, nous avons rencontré Charles Acusilas, un collègue aujourd’hui à la retraite. Cet éternel jeune homme, amoureux du vélo depuis sa plus tendre enfance, a concilié carrière professionnelle et passion. Charles naît à Jambes en 1936. C’est son papa, menuisier dans notre Société, qui l’oriente vers la destinée de cheminot. Son rêve ? Tout simplement devenir garde ! Mais un avis médical l’en dissuade. Cela ne l’empêche pas d’entamer une carrière à la SNCB où il entre comme porteur d’avis en mai 1952. Il suit alors l’écolage d’élève-commis pendant deux ans et en acquiert le grade le 1er octobre 1954. Il fait ses débuts en gare de Bruxelles-Luxembourg. Après un séjour de dix-huit mois en Allemagne, service militaire oblige, il obtient une mutation pour la direction des Finances, rue de Louvain. Il devient ensuite opérateur-mécanographe à la gare de Bruxelles Petite-Île, puis à l’atelier de Salzinnes. Plus tard, il réussira l’examen de rédacteur, avant d’être lauréat d’une autre épreuve. Cette dernière lui donnera accès au grade de sous-chef de bureau en septembre 1974. Il transite alors par divers ateliers et bureaux pour aboutir au service général de la gare de Namur où il est admis à la retraite le 1er juin 1992.

 L’aventure commence

Très jeune donc, Charles n’a de pensées que pour le vélo. Il suit d’ailleurs avec engouement les étapes montagneuses lors du Tour de France. Il s’imagine à Sainte-Marie de Campan, escaladant le Tourmalet. Mais revenons au pays : ici, il parcourt sa belle région à bicyclette, d’abord en solitaire, ensuite avec ses copains. Après son passage sous les drapeaux, il appuie de plus belle sur les pédales et intègre alors un club cycliste namurois. Il y officie comme secrétaire de 1972 à 1975. Des années durant, il sillonne, à raison de huit à neuf mille kilomètres par an, les routes de Belgique, de France et même d’Italie. Il engrange les brevets, médailles et distinctions. Son plus beau souvenir sera une fabuleuse randonnée : Paris - Brest - Paris, soit mille deux cents kilomètres en quatre jours. Un autre moment inoubliable est sa rencontre avec Jean Bobet, frère de l’illustre champion français, Louison, lors de l’escalade du col de l’Aubisque, en 1974.

 Vers les plus hauts sommets

Son dévouement et son sens de l’organisation l’amènent tout naturellement, en 1984, au poste de délégué général de la section « cyclotourisme » de la province de Namur. Il participe alors à la gestion quotidienne de toutes les activités qui y sont développées. En 1997 il est nommé président de la commission nationale de cyclotourisme à l’avenue du Globe à Bruxelles. Il est également titulaire du mandat de vice-président fédéral de la Royale Ligue vélocipédique belge (RLVB). Diverses missions lui sont confiées, dont la plus importante est la responsabilité de plus de trois cent cinquante clubs. Cela représente plus de onze mille cyclotouristes. Il coordonne et réalise les différents calendriers des manifestations nationales. Il participe à la gestion financière de la ligue et adapte les réglementations en vigueur. En qualité de membre de l’Union cycliste internationale, Charles prend part à un grand nombre de réunions et congrès internationaux : Paris, Oslo, Athènes, Genève, Ljubjana. Ses voyages sont donc fréquents. Au détour de ses pérégrinations, il côtoie des grands noms du cyclisme et du spectacle, voire du monde politique.

 L’aventure continue

Aujourd’hui encore, Charles fait du vélo. Alerte sexagénaire, il ne s’en lasse pas et accomplit toujours cinq à six mille kilomètres par an. Pas un détail technique ne lui échappe. Du cadre au rayon, en passant par la potence et le moyeu, son œil expert détecte la moindre petite anomalie. Un avis, un conseil ? Pas de problème : Charles est là et avec lui, la solution est toute trouvée. Mais ce qui lui tient le plus à cœur, c’est d’amener les enfants au vélo. Pour cela, il a créé au sein de la fédération une brochure destinée aux jeunes afin de les attirer vers ce merveilleux sport qu’est le cyclisme. De plus il n’hésite pas à arpenter les écoles afin de débattre de la question. Il voyagera encore, tous azimuts, pendant quelques années et ce n’est qu’une fois son successeur connu qu’il tirera sa révérence. Bon vent, Charles, et encore longue route.


Source : Le Rail, mars 2001