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Une nouvelle pénétration ferroviaire à Bruxelles

lundi 17 novembre 2025, par Rixke

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Comme les grandes métropoles, Bruxelles voit s’accélérer le développement de son centre administratif et commercial, au détriment de l’habitat, qui est refoulé vers la périphérie. De plus en plus de personnes font quotidiennement la navette, aux mêmes heures, matin et soir, entre leur domicile en banlieue et leur lieu de travail en ville.

Pour ces déplacements, l’usage de l’automobile privée ne pose guère de problème du côté de la périphérie, où l’on trouve aisément place pour circuler et pour garer la voiture. Il en va tout autrement dans le centre urbain, où voiries et parcs de stationnement disputent un espace coûteux aux bâtiments économiques et culturels.

Garer une auto demande de la place. Il faut dix bandes de circulation routière pour assurer le débit d’une simple voie ferrée.

Même en Amérique, où la route a toutes les faveurs, on n’a pas réussi à lui faire assurer seule les déplacements dans les grands centres urbains. Le transport en commun qui évacue ses véhicules après le débarquement des voyageurs, le rail qui assure de plus le débit maximal sous faible volume, ont leur place dans la cité moderne.

Le réseau ferroviaire rayonnant que le siècle dernier a tissé autour de Bruxelles connaît une clientèle croissante depuis que, par le jeu d’une « jonction Nord-Midi » initialement conçue comme une « traversée », on a réalisé une « pénétration » de toutes les lignes vers Bruxelles Central, au cœur du quartier des affaires.

La jonction à six voies est actuellement saturée matin et soir ; la clientèle continue à croître, et il serait hors de prix d’augmenter le nombre des voies.

Il faut donc créer des possibilités de diversion.

Un projet à l’étude consiste à utiliser les deux voies de ceinture actuelles de Bruxelles Nord au Quartier Léopold, et à les prolonger par un tunnel à double voie en direction de Bruxelles Midi. En même temps seraient desservis les quartiers vers lesquels se développe le centre des affaires (Schuman, Quartier Léopold, Porte de Namur).

Dès lors, on disposerait de huit voies au lieu de six pour pénétrer dans Bruxelles. On pourrait les affecter à raison de quatre aux services de banlieue (deux de la jonction et deux de la déviation) et quatre aux services de « grandes lignes ». Cette spécialisation, qui s’étendrait à la signalisation et au matériel roulant, accroîtrait sensiblement la capacité du transport.

Le dispositif complet permettrait ainsi, de chaque direction de banlieue, de diriger les trains vers tous les points centraux que souhaite atteindre la clientèle.

Assurant le débit maximal sous faible volume, le rail a sa place dans la cité moderne, notamment pour assurer sans encombre le transport des travailleurs agglomérés dans les immeubles-tours qui se dressent de plus en plus dans le ciel de nos villes.

Le tunnel Quartier - Midi constituerait de plus un maillon de la ligne future à très grande vitesse Lille - Bruxelles - Cologne. Sur le plan européen, on étudie en effet un réseau de lignes nouvelles à très grande vitesse reliant Paris et Londres (par le tunnel sous la Manche) d’une part, la dorsale Hambourg - Cologne - Munich d’autre part.

La liaison Quartier Léopold - Bruxelles Midi serait construite en coordination avec la liaison de métro Porte de Namur - Chapelle et avec les aménagements routiers aux deux extrémités :

  • d’une part, le débouché de l’autoroute de Namur sur la petite ceinture ;
  • d’autre part, le prolongement en autoroute urbaine du boulevard établi sur la Jonction entre la gare Centrale et la Chapelle jusqu’au Midi et son raccord à l’avenue Louise.

Une telle coordination jointe à l’emploi de techniques modernes doit permettre de réaliser ces grands travaux en réduisant au minimum la perturbation temporaire des quartiers traversés.

Un problème urbanistique reste à résoudre au débouché du nouveau tunnel côté Midi. Ce débouché se situera sous la rue des Minimes. La liaison avec la halte de la Chapelle toute proche aura la forme d’un viaduc franchissant la rue Haute et la rue Blaes. Il conviendra de fondre cet ouvrage dans un ensemble architectural susceptible de sauvegarder et peut-être de mettre mieux en valeur qu’il ne l’est maintenant le site historique de l’Eglise de la Chapelle. C’est à quoi s’emploient actuellement les urbanistes.

Ainsi se prépare dans le silence des bureaux d’étude une réalisation qui, on est en droit de l’espérer, aidera efficacement Bruxelles à remplir dignement son rôle de capitale de l’Europe.


Source : Le rail, septembre 1971