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Distorsion
L. Lataire, directeur général.
jeudi 28 août 2025, par
En dépit de résultats favorables, le rail n’achemine plus que le quart du tonnage des marchandises circulant sur le territoire national ; la route s’en adjuge à peu près la moitié et la voie d’eau prend le reste.
On peut se demander si cette répartition du trafic correspond à l’optimum économique pour la nation. Nous ne ferons ici qu’effleurer ce problème essentiel, lié à l’imputation des charges d’infrastructure. Les usagers de la voie d’eau, on le sait, sont pratiquement exonérés du payement des dépenses d’établissement des voies navigables, généralement très coûteuses, qu’ils utilisent. Il en va de même, bien que dans une moindre mesure, pour les camions lourds qui circulent sur notre réseau routier, les taxes de roulage et droits d’accises sur les carburants payés par leurs propriétaires étant sans rapport avec l’importance des dégâts qu’ils occasionnent aux revêtements routiers. Le chemin de fer, par contre, supporte intégralement les dépenses d’entretien et de renouvellement de ses voies et de ses installations fixes.
II est évident que cette situation se répercute sur les prix de revient des trois modes de transport. Elle introduit une distorsion dans les conditions de concurrence, entraîne un déplacement de trafic au détriment du chemin de fer et, en définitive, des doubles emplois dont la collectivité fait les frais. Les chemins de fer belges, de même d’ailleurs que les grands réseaux étrangers, sont ainsi placés dans une situation financière difficile. Ils revendiquent une répartition plus équitable des dépenses d’infrastructure. Dans l’Europe des Six, les clauses du traité de Rome font d’ailleurs obligation aux Etats membres d’égaliser les conditions de concurrence entre les divers modes de transport. Ces mesures permettraient de se rapprocher de la vérité économique et d’éviter gaspillages et doubles emplois. Dans le secteur des marchandises, elles auraient pour conséquence que chaque mode de transport se verrait confier les acheminements correspondant à sa vocation naturelle.
Source : Le Rail, avril 1971
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