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Le chemin de fer et l’industrie du verre
lundi 24 février 2025, par
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« Trois siècles de verrerie ou pays de Charleroi »
C’est le titre d’une exposition organisée, à Charleroi, au Musée du Verre, annexé à l’Institut national du Verre. Les trois siècles dont il est question couvrent la période 1669-1969. Le succès obtenu par cette exposition, ouverte depuis le 18 juin, a engagé ses organisateurs à la prolonger jusqu’au 15 novembre [1].
Lithographie, vers 1845.
Ce succès est parfaitement mérité. Rarement une exposition provisoire a, comme le fait celle-ci, donné un aperçu aussi complet de l’histoire d’une de nos grandes industries. Rien n’est oublié. Du rappel de l’existence, dans le Hainaut, d’une tradition verrière fort ancienne à celui des divertissements chers aux ouvriers ; des privilèges accordés aux gentilshommes verriers aux conflits entre patrons et salariés ; de l’évocation des techniques du passé à celle des découvertes qui ont permis la modernisation actuelle, tout se trouve abondamment illustré. Il y a là plusieurs centaines de documents les plus divers. Précieux parchemins, belles cartes anciennes, produits verriers parfois curieux, médailles, jetons et papiers-monnaie (ces derniers émis par le syndicat des verriers en 1915), estampes, tableaux, outils du souffleur de verre, photographies, cartes postales, tels sont quelques types d’objets que l’on rencontre dans une série d’ensembles formés pour éclairer l’histoire d’un centre verrier de réputation mondiale [2].
« Sur le charbon »
La verrerie qu’un octroi de Louis XIV du 1er juin 1669 permit de construire sur le territoire de Charleroi fut, dans nos provinces, la première fabrique de verre établie « sur le charbon », combustible dont l’usage commençait alors à se substituer à celui du bois. Le succès de cette entreprise entraîna bientôt la création, près des « fosses à houilles », d’autres fournaises productrices de bouteilles et de verre à vitres. Au milieu du XVIIIe siècle, le centre verrier carolorégien exportait déjà une partie de ses produits vers la Hollande.
Après que la Belgique eut conquis son indépendance, la fabrication des bouteilles cessa d’augmenter, mais celle du verre à vitres se développa au point qu’un moment la production des usines du pays de Charleroi représenta environ le quart de celle du monde.
L’apport du rail
La création de lignes de chemin de fer a fortement contribué à l’essor de l’industrie du verre. Certes, un document de 1838 (n° 96 du catalogue, un plan joint à un « Projet de chemin de fer de Namur vers Braine-le-Comte, section Namur-Charleroi ») montre qu’avant l’apparition du rail la région possédait déjà dix-neuf établissements verriers, y compris une glacerie en voie d’érection. Mais un tableau graphique présenté un peu plus loin (n° 136) permet d’apprécier les heureux effets qu’a eus, sur l’industrie du verre, l’installation du nouveau mode de transport.
C’est en 1843 que fut inaugurée la première station de chemin de fer de Charleroi. A cette date, le nombre des entreprises verrières de la région n’a pas changé depuis cinq ans. Mais de 1843 à 1849, outre que trois nouveaux établissements sont créés, on observe un accroissement du potentiel de production de ceux qui existent déjà, et le développement des exportations, favorisées par la liaison ferroviaire Charleroi-Anvers, passe de 4.892 à 9.157 tonnes.
De 1850 à 1855, de nouvelles entreprises verrières naissent encore dans le pays de Charleroi où, de 1860 à 1877, presque chaque année s’établissent une ou plusieurs verreries. Bien que, dans les années suivantes, le mouvement de construction d’usines se soit ralenti, au total cinquante et une verreries sont érigées entre 1845 et 1885.
Le four à bassin
De 1886 à 1906, le remplacement du four à pot par le four à bassin, qui permet le travail en continu mais dont le coût de construction est élevé, entraîne la disparition de la moitié des producteurs, sans toutefois interrompre le mouvement ascensionnel des exportations (90 à 94 % de la production). En 1906, les verreries à vitres belges, presque toutes situées dans le pays de Charleroi, vendent à l’étranger quelque 211.690 tonnes de leurs produits, soit 42 millions de mètres carrés réduits à l’épaisseur simple : 2 mm (c’est-à-dire, par exemple, que le mètre carré de verre de 3 mm est compté pour 1,5 m2).
Dans la suite, la mécanisation de la fabrication a favorisé la création de fabriques dans d’autres provinces belges et à l’étranger mais des usines de la région de Charleroi sort toujours près de la moitié du verre à vitres, des verres coulés et des produits de bouteillerie fabriqués en Belgique, et notre pays reste le plus important exportateur de verre à vitres du monde.
Deux fours à bassin modernes de Gilly et de Lodelinsart produisent chaque mois, l’un et l’autre, autant de verre que n’en livraient les cent fours à pot de type ordinaire en activité en Belgique en avril 1886. Ensemble, ils fournissent d’ailleurs plus que les trente fours à bassin en exploitation dans toutes les verreries à vitres belges en octobre 1897.
Rail et verre
Le transport de la quasi-totalité des matières premières et du combustible utilisés par les verreries carolorégiennes (un grand four consomme par jour quelque 70 tonnes de fuel) se fait par voie ferrée, et c’est aussi par wagon que s’achemine la majeure partie des expéditions de verre plat (verres à vitres, verres coulés) destiné à l’exportation.
Si le chemin de fer a rendu et rend toujours des services à l’industrie du verre, il est agréable de rappeler les avantages que le premier a trouvé dans les perfectionnements apportés par la seconde à ses fabrications. Les verres trempés et les panneaux de vitrages isolants, constitués de deux feuilles de verre séparées par un matelas d’air déshydraté, ont accru la sécurité et le confort de nos voitures, tandis que les pare-brise en verre chauffant dont maintes motrices sont équipées rendent moins pénible la tâche des conducteurs.
La production d’un nouveau verre, le V.H.R. (verre à haute résistance, résultat de recherches poursuivies par le laboratoire d’une firme verrière belge), sera bientôt entreprise à l’échelle industrielle dans une ancienne verrerie de Charleroi où toute fabrication avait cessé. Ce verre permet, nous a-t-on dit, de confectionner des pare-brise collés, très minces et légers, aux propriétés exceptionnelles. Sera-t-il utilisable par le chemin de fer ? L’avenir et de plus compétents que nous le diront...
Source : Le Rail, novembre 1969
[1] L’exposition est ouverte tous les jours, dimanche compris, de 14 à 18 h. Entrée gratuite.
[2] Sous le titre « Trois Siècles de Verrerie au Pays de Charleroi, 1669-1969 », un remarquable ouvrage a été publié à cette occasion : il constitue un guide de l’exposition, mais encore une substantielle histoire de la verrerie carolorégienne, due à R. Chambon. Format 18 X 25 cm, 100 pages, nombreuses illustrations. Prix pendant l’exposition : 150 F. Il peut être obtenu en écrivant au Musée du Verre, 10, boulevard Defontaine, Charleroi.
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