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Cheminot côté face, artisan côté pile

René Danloy.

mercredi 24 décembre 2025, par Rixke

Reprenons notre bâton de pèlerin pour partir en quête d’un de ces cheminots qui, en dehors de ses fonctions au sein de notre Société, cultive une passion bien particulière. Nous ferons connaissance aujourd’hui avec Francis Michotte dont nous évoquerons tout d’abord le parcours ferroviaire.

Notre ami entre à la SNCB en 1974. C’est en qualité de convoyeur. Par la suite, il se retrouve élève-conducteur de manœuvre avant d’accéder effectivement au grade, ayant satisfait aux examens. Il se présente par après à l’épreuve de monteur fer qu’il réussit. Enfin, il franchit une étape supplémentaire en devenant soudeur. Il exerce aujourd’hui son métier à l’atelier de Stockem. Sa formation ? Trois années « A3 mécanique ». Cheminot, il l’est devenu en suivant les traces de son père. Ce dernier était en effet chargeur principal. Mais Francis est surtout un bricoleur-né. Il possède en outre un véritable tempérament d’artisan, voire d’artiste. Voici une dizaine d’années, il s’est mis à travailler le verre et l’étain. Cela a commencé par le système du kit. Et Francis s’est tout de suite intéressé à la technique du « tiffany ». Elle n’est rien d’autre qu’un assemblage à réaliser. C’est de cette manière que démarrent les choses. Tous ces morceaux de verre découpés sont tenus ensemble par une bandelette de film adhésif. Francis opère alors une soudure à l’étain sur cette bandelette. Et voilà un vitrail... prêt à l’emploi ! Du vitrail, il passe bientôt au miroir pour lequel il utilise du verre normal et du verre antique, c’est-à-dire coloré. Mais l’opération est très délicate car il existe un risque de faire un éclat dans le tain. Il se met aussi à fabriquer des miniserres d’appartement. Pour cela, il procède lui-même à la découpe du verre. Il en ôte par la suite les bavures puis il effectue une soudure afin de sceller l’assemblage.

Le « tiffany », en détail

Huit opérations sont nécessaires pour le réaliser.



  • Les pièces de verre sont découpées selon un gabarit ;
  • Elles sont ébavurées au moyen d’une meule à diamant ;
  • Les pièces sont ensuite enveloppées d’un film de cuivre adhésif ;
  • Elles sont alors assemblées au moyen de « scotch » ;
  • On « pointe » par après à l’aide d’une baguette d’étain, tant à l’intérieur qu’à ’extérieur ;
  • L’ensemble est soudé par un cordon bombé avec un fer électrique de 75 W ;
  • On termine l’ouvrage en répandant sur les cordons de soudure la patine en utilisant une brosse à dents ;
  • Et on rince le tout à l’eau claire.

Ce faisant, Francis suit l’exemple que lui a fourni son frère Maurice. Celui-ci lui inspirera également le goût de la poterie. D’ailleurs, notre collègue, durant trois ans, fréquentera l’académie des Beaux-Arts d’Arlon. C’est là qu’il s’initiera à l’art du potier. Mais le déclic se produit vraiment lors d’une exposition à l’occasion d’une fête champêtre. Francis, le spécialiste du verre, partage alors un stand avec une artiste française qui fait de la poterie. Il prend la décision d’acheter un tour électrique. Notez qu’il possède également un tour à pied ! En fait le tour est au potier ce que la lampe est au mineur. Indispensable, autrement dit. Comment Francis réalise-t-il une poterie ? Au départ, il prélève dans un bloc de pâte de grès une part équivalant à la dimension de l’objet qu’il souhaite confectionner. Il en fera un « biscuit », c’est à dire une pièce qui sera cuite au four électrique entre 980 et 1 050 degrés. Par après, elle sera vernissée et cuite une deuxième fois, jusqu’à 1 250 degrés. Ces opérations d’émaillage et de cuisson, Francis les pratiquera plus tard. Pour le moment, il est occupé à tourner. Ces poteries, il préfère les façonner à la main plutôt que d’utiliser le colombin. Ce sont donc ses doigts qui donnent la forme à l’objet. Tout est question de sensibilité, ainsi qu’il l’explique. Il faut d’abord creuser l’ouverture et obtenir un cylindre de base. C’est de là que tout part, que naît chaque modèle. Une fois celui-ci terminé, il restera à le laisser sécher durant deux ou trois jours. Ce n’est que quand il sera bien sec qu’il pourra en effet être cuit.

Des poteries ? On en trouve de toutes les tailles chez Francis. De toutes les formes aussi. Ce sont principalement des pots et des vases. Il a même cédé à la tentation de créer des personnages qui font penser à des santons. Le résultat est étonnant et c’est là sans aucun doute que l’on reconnaît l’artiste. Créatif en diable, Francis n’en restera pas là. Il envisage encore de fabriquer des ustensiles de cuisine tels que des bols, des plats, des assiettes... Les possibilités sont particulièrement nombreuses en poterie. Il suffit d’avoir des idées et notre collègue n’en manque certes pas. D’ailleurs, il fait des émules. Le jour où il m’a accueilli chez lui, à Aubange, dans l’extrême sud du pays, un de ses amis nous a rejoints. Désireux lui aussi de s’adonner à cet artisanat, il était venu de France, en quête de quelques conseils auprès du « maître ».


Source : Le Rail, décembre 2000