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Cheminot anversois et... peintre bruxellois

René Danloy.

vendredi 12 septembre 2025, par Rixke

Marcel Van Rooy est un alerte octogénaire. Né à Anvers un beau jour de 1919, il est aujourd’hui devenu Bruxellois de cœur. Amoureux de la capitale, il en retrace la vie sur ses toiles aux couleurs chaudes. Scènes de l’existence quotidienne, mouvements de foule, folklore local, fêtes populaires : tout cela compose une atmosphère festive et joyeuse avec quelquefois un côté bien étonnant.

 Architecture, peinture et photographie

Le parcours de notre collègue sort quelque peu des sentiers battus. Il entre à la SNCB en 1943 afin d’éviter les rafles que les Allemands organisent au sein de la jeunesse. Il débute au service de l’Exploitation alors situé à la rue Belliard à Bruxelles. Son premier travail consiste à réaliser les graphiques horaires. Plus tard, il se retrouve dans un autre service, celui de la Voie à l’avenue Fonsny C’est là qu’il entame sa carrière de dessinateur dans le domaine de l’architecture. C’est la logique qui l’emporte puisque, justement, il a fait ses études en architecture ! Il quitte alors sa ville natale gravement endommagée par les bombes et s’installe à Bruxelles. Son destin se joue à cette heure, d’autant que la SNCB est occupée à reconstituer son service photographique. Il y obtiendra un poste en tant que photographe. Il l’occupera jusqu’à l’âge de sa retraite en 1980.

« Il y avait à l’époque un vide total dans le secteur de la photographie ferroviaire, et plus précisément en ce qui concerne les locomotives », dit-il. Avec son collègue Gérard, il s’attache à combler cette lacune, jusqu’à constituer un impressionnant répertoire sur le sujet.

C’est aussi juste après la fin des hostilités qu’il va se consacrer à d’autres choses : ce sont des projets d’affiches ferroviaires qui voient le jour. Las, elles sont jugées trop « futuristes ». Cependant l’une d’elles attire l’attention. Elle représente une femme qui bande son arc et la flèche qui va être tirée est en fait un... train ! Il ne reste plus à Marcel Van Rooy qu’à ajouter le sigle de la SNCB et celui de la Poste (le « B » et le cor). En effet, il s’agit pour lui de réaliser un timbre commun aux deux administrations publiques. Ce sera un véritable succès parmi les philatélistes. De quoi encourager l’artiste à poursuivre et à dévoiler ses œuvres ! Il est d’ailleurs coutumier des expositions, tant en Belgique qu’à l’étranger, en Suisse notamment. Nombre d’entre elles ont eu lieu avec d’autres cheminots.

Il se souvient aussi d’avoir exposé en compagnie du regretté Guy Bosquet, lequel fut autrefois illustrateur de la revue Le Rail.

 Itinéraires dans la capitale

Marcel Van Rooy est issu de l’académie royale des Beaux-Arts d’Anvers. Il aime rappeler que c’est Isidore Opsomer qui l’a guidé vers l’atelier de Léon Brunin où il a travaillé durant plusieurs années.

En juin dernier, Marcel Van Rooy était invité par l’échevin des Beaux-Arts de Bruxelles, Marion Lemesre, à présenter ses toiles à la galerie Bortier, rue de la Madeleine. Il n’y a rien d’étonnant à cela car il l’avoue lui-même : il est devenu au fil des ans un véritable Bruxellois. Le but recherché était que ses concitoyens découvrent leur ville à travers les observations de l’artiste. Celui-ci n’est-il pas membre du Cercle d’histoire de la capitale et chevalier de Toon ? Ajoutez encore à ces titres ceux de membre de la confrérie des compagnons de Saint-Laurent Meyboom et de membre effectif de l’Ordre des amis de Manneken-Pis !

On a qualifié Marcel Van Rooy de naïf, voire de semi-naïf. On a dit aussi de lui que s’il avait été l’élève de Delvaux, il aurait sans doute été plus amusant que le maître. Il a d’ailleurs bien connu le célébrissime peintre. « Il a parfois commis des erreurs. Par exemple quand il a attribué le numéro 150 à une locomotive qui était en réalité un type 15 », explique-t-il malicieusement.

Le « Bruxelles imaginaire » de Marcel Van Rooy, le public de la capitale l’a donc découvert durant pratiquement tout le mois de juin. De quoi étonner les « autochtones » qui ont pu voir leur ville d’une façon aussi différente qu’attendrissante. C’était notamment par le biais d’une vaste fresque de 16 m 50 racontant tout le folklore de Bruxelles au travers d’un parcours qui mettait encore en valeur divers endroits de la ville. Ici, c’est l’Ommegang, là le Meyboom, plus loin encore le théâtre de Toone, Manneken-Pis, la marchande de « caricoles »...

C’était également au travers de nombreux tableaux à l’huile représentant des célébrités de la ville ou des scènes parfois étonnantes en des lieux où l’on ne les attend pas. Au Sablon, par exemple, où l’on voyait de jolies femmes se baigner quelquefois dans le plus simple appareil. Quelques aquarelles aussi mais surtout de merveilleuses natures mortes, mettant même l’eau à la bouche du visiteur.

Ne serait-ce que quand il se trouvait face à ce typique déjeuner bruxellois : rien qu’en contemplant le tableau, il ne pouvait douter de la saveur du mets ! Il paraît d’ailleurs qu’en sortant de l’exposition, il s’en est trouvé pour partir à la recherche d’un bistrot afin d’y casser la croûte... ?


Source : Le Rail, septembre 2000